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01/05/2009

BIOGRAPHIE DE VICTOR HUGO

LA SEMAINE PROCHAINE  DERNIERE ANNEES D'UN PATRIARCHE (1870-1885)

 

 A Hauteville House (Guernesey) DE VICTOR HUGO EXIL (1852-1870)

C'est à Hauteville House qu'il travaille à la Légende des siècles, projet ambitieux qui doit "contenir le genre humain" : "j'écris tout simplement l'humanité, fresque à fresque, fragment à fragment, époque à époque(...) le tout je crois ne sera pas sans grandeur." Le poète y donne pleinement la mesure de son génie de visionnaire, désireux d'"exprimer l'humanité dans une espèce d'oeuvre cyclique; (de) la peindre successivement et simultanément sous tous ses aspects" L'ouvrage, qui reçoit des critiques favorables, paraît en trois series (en 1859,1877 et 1883). Pourtant, son opposition à l'empereur n'est pas éteinte. Le 18 août 1859, il refuse publiquement l'amnistie de tous les condamnés politiques proposée par Napoléon III et déclare :"Fidèle à l'engagement que j'ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu'au bout l'exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai."

Hugo tire parti de cet isolement volontaire pur préserver, malgré la censure impériale, son prestige.Ses prises de position se multiplient, ses projets foisonnent. La première partie des Misérable sort à Bruxelles en mars 1862 et à Paris début avril. Le succès populaire en est considérable malgré les réactions vives des critiques qui y voient un" livre immonde et inepte" (Baudelaire), un "style intentionnellement incorrect et bas" (flaubert) qui "flatte le populaire" Mais Hugo déclare : "tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles."

La même année, il instaure le déjeuner des enfants pauvres à Guernesey, ambition politique et sociale avouée :"cette pénétration des faille indigentes dans les nôtres nous profite comme à eux; elle ébauche la solidarité." Cependant Hugo est de plus en plus seul à Guenesey : son épouse fait de longs séjours à Paris. En juin 1863, leur fille Adèle s'enfuit au Canada à la poursuite du lieutenant Pinson, rencontré à Jersey. Elle ne reverra ni sa mère ni Charles installés définitivement à Bruxelles en 1865 avec François-Victor. Internée en 1872, elle mourra en 1915 en maison de santé.

La famille dispersé se réunit désormais à Bruxelles chaque été. En mars 1867 naît le premier fils de Charles, qui mourra à l'âge d'un an. Le 16août 1868, naissance d'un second fils Georges. Peu après, Madame Hugo succombe à Bruxelles d'une attaque d'apoplexie. Hugo accompagne son cercueil jusqu'à la frontière.

Seule la fidélité de Juliette Drouet, installée depuis juin 1864 rue Hauteville, tempère la solitude du poète.Sa production littéraire déçoit : les chansons des rues et des bois qui paraissent en octobre 1865 à Paris et Bruxelles déconcertent la critique par leur ton léger.L'homme qui rit, paru en avril mai 1869, exposant les idées sociales de l'auteur, est un échec. Hugo s'interroge :"Le succès s'en va. Est-ce moi qui ai tort? Est ce mon temps qui à tort? Si je croyais avoir tord, je me tairais. Mais ce n'est pas mon plaisir que j'existe, je l'ai déjà remarqué."

Fidèle à ses prises de position,il préside le Congrès de la Paix à Lausanne en septembre 1869 et s'y exprime en faveur des Etats-Unis d'Europe. A la fin septembre 1869, sa petite fille Jeanne, fille de Charles, naît à Bruxelles.

 

Depuis peu la famille Victor Hugo est installée à Marine-Terrace. Ce séjour, proche de l'océan e de ses tempêtes, ouvre ses yeux de visionnaire, inspire sa plume et ses dessins. Les fils Hugo se passionnent pour la photographie, leur père se prête volontiers à ces séances de pose qui fixent  le mythe du poète "ecoutant dieu" ou dominant l'ocean sur le rocher des proscrits. Par ailleurs, il est initié aux secrets des tables tournantes et se livre avec passion à des séances de spiritisme au cours desquelles parlent de Léopoldine, Napoléon, Shakespeare et Jésus Christ..... Elles sont la preuve pour Hugo d'un communication possible avec l'au delà, comme en attestera le recueil des Contemplations. Ce n'est qu'en octobre 1855 que la crise de démence d'un des participants met fin aux séances. Parallèlement, Hugo reste fidèle à son engagement politique. En avril 1855, il s'indigne de la visite de Napoléon III à Londres. Le 10 octobre suivant, le journal des procrits à Jersey, L'Homme, proteste contre la visite de la  reine Victoria à Paris. Trois proscrits sont explusés.Le 17 Hugo signe avec ses fils une déclaration de solidarité qui se termine par ces mots :"Et maintenant expulsez-nous!!!!" Hugo quitte Jersey(voir photos Jersey) le 31 octobre et s'installe à Guernesey, rue de Hauteville . Il vient d'achever le recueil des Contemplations, édité à Bruxelles et Paris en avril 1856. Cette oeuvre, qu'il définit comme 'les mémoires d'une âme' est dédiée à "celle qui est restée en France", Léopoldine.

A la cassure provoquée par cette disparition s'ajoute la fracture tout aussi cruelle de l'exil. A l'autrefois du bonheur familial et des passions radieuses s'oppose l'aujourd'hui douloureux et endeuillé. Le recueil a("ce livre m'a donné un toit" déclare t'il), véritable création dont Hugo dessine les décors, le mobilier, le jardin.......

Fidèle à son combat contre Napoléon III, Hugo délivre, depuis Jersey puis Guernesey, son message prophétique. Loin d’abandonner la plume, il trouve dans cet ostracisme de près de dix-neuf ans la matière d’une inspiration renouvelée.

Hugo arrive à Bruxelles le 12 décembre et commence dès juin la rédaction d’un plamphlet virulent intitulé Napoléon le petit, qu’il achève en juillet. Le ton en est impitoyable : « Se faire de la France une proie, grand Dieu ! (….) La civilisation, le progrès, l’intelligence, la révolution, la liberté, il a arrêté tout cela un beau matin (….) ce nain, ce Tibère avorton, ce néant ! » L’ouvrage est publié le 5 août 1852 à Bruxelles et « On me dit que mon petit livre s’infiltre en France et y tombe goutte à goutte sur le Bonaparte. Il finira peut-être par faire le trou. »Le livre lui coûte son séjour à Bruxelles. Le 5 août Hugo est accueilli à Jersey par sa femme, sa fille et de nombreux proscrits qui se rangent derrière lui. Le poète se met alors à un nouveau recueil : « Je fais en ce moment un volume de vers qui sera le pendant naturel et nécessaire de Napoléon le petit. Ce volume sera intitulé les Bengeresses. C’est un nouveau caustique que je crois nécessaire d’appliquer sur Louis Bonaparte. Il est cuit d’un côté, le moment me paraît venu de retourner l’empereur sur le gril » En janvier, il choisit le titre Les châtiments et annonce une « livre violent » : « ma poésie est honnête mais pas modérée (…). Nous serons modérés quand nous serons vainqueurs (…) Etre violent qu’importe ? Etre vrai, tout est là » Hugo, usant de la satire et de l’insulte, y laisse libre court à sa haine farouche contre l’empereur et entre dans la résistance :

« Si l’on est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même

Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla

S’il en demeure dix, je serai le dixième

Et s’il n’en reste qu’un je serai celui la ! »

Le recueil paraît clandestinement en novembre 1853 à Bruxelles.

 

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En février 1846, Hugo fait ses débuts d'orateur à la chambre des pairs et témoigne d'un intérêt grandissant pour les questions sociales. Survient alors l'insurrection de 1848. Paris se couvre de barricades et Louis-Philippe abdique le 24 février. Fidèle à son serment de pair, Hugo tente d'appuyer la régence de la duchesse d'Orléans et harngue la foule place de la Bastille. Seule sa notoriété lui évite un accueil franchement mauvais. Le même jour, le gouvernement provisoire proclame la République. Hugo refuse la mairie de son arrondissement ainsi qu'un portefeuille ministériel, celui de l'Instruction publique. il est  néanmoins élu le 4 juin député de Paris sur la liste parti conservateur.

Hugo poursuit alors une carrière politique au détriment de sa production littéraire. Ses prises de positions l'éloignent insensiblement du camp conservateur puisqu'il s'impose comme orateur "de gauche" , développant à la tribune les thèmes qui seront aussi ceux de ses romans : réquisitoires contre la déportation, la peine de mort et le travail des enfants, défense de l'instruction  obligatoire. La rupture  avec la droite est consommée le 15 janvier 1850 lorque Hugo défend la liberté d enseignement  contre la loi Falloux assurant l'emprise du clergé sur l'école.

Persuadé qu'il garantirait la liberté naissante, il avait soutenu en 1848 la candidature de Louis Napoléon Bonaparte, neuveu de l'empereur. Le 10 décembre 1848, Bonaparte est élu président de la République. Mais affichant des goûts de monarque, il s'appuie très vite sur une Assemblée législative conservatrice qui supprime le droit d'association, limite la liberté de la presse, rétablit la censure....

L'opposition de Hugo au prince-président s'affirme. Le gourvernement s'en prend d'abord à l'Evènement, journal fondé par les fils Hugo. En juin 1851, Charles est condamné à six mois de prison par les fils Hugo. En juin 1851, Charles est condamné à six mois de prison pour y avoir fait paraître un article contre la peine de mort. Devant la cour d'assises, le 11 juin Hugo plaide coupable à la place de son fils. : "ce crime, l'ai commis bien avant mon fils bien plus que mon fils. Je me dénonce monsieur l'Avocat général :(...) Cette loi du sang pour le sang je l'ai combattue toute ma vie, et tant qu'il me restera un souffle dans la poitrine, je la combattrai de tous mes efforts."

Le 17 juillet, dans un discours enflammé sur la révision de la Constitution (qui permettrait au président d'être candidat à sa propre succession à Hugo resteprès de trois heures à la tribune et dénonce au grand jour les menaces qui pèsent sur la République :"quoi; Après Auguste, Augustule! quoi! parce que nous avons eu Napoléon-le-grand il faut que nous ayons Napoléon-le-petit !"

Le 9 septembre, un article de François-Victor provoque la saisie du journal et la condamnation de son auteur à neuf mois d'emprisonnement. Tout annonce le coup d'Etat du 2 décembre 1851 par lequel Louis Napoléon prononce  la dissolution de l'assemblée nationale et  instaure un pouvoir autoritaire. Hugo à la tête du comité de résistance de la gauche, le met hors-la-loi et appelle le peuple à la résistance :" le peuple désormais et à jamais en possession du suffrage universel et qui n'a besoin d'aucn prince pour le lui rendre saura châtier le rebelle" On élève des barricades de fortune, des exécutions sommaires ont lieu. Dès le 4 décembre, vngt cinq mille francs de récompense sont promis à qui arrêtera Victor Hugo. Le 11 décembre, le poète quitte Paris. C'est le début d'un long exil. Le 21 décembre, le coup d'Etat est approuvé.

Drame à Villequier ci-dessous

DE L HABIT VERT A LA PRAIRIE : LE POIDS DES HONNEURS (1841-1852)

Hugo est devenu un homme public. Le 7 janvier 1841, il est élu à l'académie française par 17 voix contre 15. Son discours de réception le 3 juin, en présence du duc et de la duchesse d'Orléans, adopte les accents d'un discours politique en évoquant les relations du poète au pouvoir et la nécessaire indépendance de l'homme de lettres vis-à-vis de l'homme politique. Ces ambitions sont néanmoins raillées par la presse, en particulier Sainte-Beuve qui parle d'un "discours cyclopéen, bon à beugler au Colisée" Plus critique à l'égard de la volonté même de Hugo d'entrer dans cette institution, Barbey d'Aurevilly dira plus tard : "la racine du chêne n'est pas de taille à tenir dans un vieux pot à cornichons !" quant à Juliette Drouet, elle se moque de cette nouvelle distinction :"Toto a l'air d'une poupée modèle ! Toto est ridicule ! Toto est académicien !"

Honneur supplémentaire, Hugo est élu directeur de l'Académie en juin 1842. C'est à ce titre qu'il rédige une "adresse au roi" à l'occasion de la mort accidentelle du duc d'Orléans en juillet 1842. Ce texte est interprété comme un ralliement politique : Hugo  devient un familier des Tuileries. Le 13 avril 1845, il est nommé pair de France et prête serment au régime du 28 mai. Cette nouvelle fonction lui accorde un réel pouvoir pour agir en faveur des misérables, mais peut-on crier les souffrances du peuple quand on est au faîte de la célébrité et des honneurs ?

Académicien, pair de France, bientôt ministre, Victor Hugo paraît soucieux avant tout de récolter le fruit de ses succès. Sa production littéraire devient quasi-nulle dans ces années de mondanité. S'y ajoute une sordide affaire de moeurs. Depuis 1841, Hugo entretien une liaison avec Léonie Biard, épouse du peintre François Biard. Or, les amants sont pris en flagrand délit d'adultère le 5 juillet 1845. Le mari portant  plainte Léonie est enfermée à St Lazare. Sa condition de pair évite à Hugo l'arrestation, cependant la presse s'empare du scandale et oblige le poète à se tenir à l'écart.

Dans cet isolement, il brosse l'esquisse des Misérables, où il exprime à nouveau ses préoccupations devant les questions sociales. En effet, Hugo reste convaincu de la mission sociale du poète. Un évènement tragique est sans doute à l'origine de cette lente métarmorphose qui fait de HUgo le nanti un défenseur des idées de progrès. En février 1843, sa fille aînée Léopoldine épouse Charles Vacquerie. Le 4 septembre de la même année, le jeune couple se noie dans la Seine, non loin de Villequier. C'est en rentrant d'un voyage dans les Pyrénées, que faisant halte au Café de l'Europe à Rochefort, Victor Hugo apprend, en lisant le siècle, la mort accidentelle de sa fille. Il écrit à sa femme le 10 septembre : "Chère amie, ma femme bien aimée, pauvre mère éprouvée que te dire ? je viens de lire un journal par hasard. O mon dieux que vous ai-je fait? J'ai le coeur brisé."

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Charles Vacquerie et Léopoldine Hugo

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GLOIRE LITTERAIRE ET ENGAGEMENT POLITIQUE (1830-1841)

Après le terrible hiver de 1830, les tensions sociales favorisent une insurrection populaire. Les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet (Trois glorieuse) contraignent Charles

X à abdiquer et font monter sur le trône Louis-Philippe d’Orléans le 9 août. Hugo applaudit et compose une libérale « Ode à la jeune France » signe d’une évolution importante depuis sa jeunesse royaliste. Cependant, le poète est vite amené à exprimer sa défiance envers le régime de juillet. En 1832 sa pièce Le rois s’amuse est interdite pour immoralité. C’est le premier affrontement de l’auteur avec le pouvoir de Louis-Philippe. Hugo porte plainte contre le Théatre-Français et  prononce un réquisitoire contre les abus de la censure et les atteintes à  liberté. Loin pour un temps des sphères du pouvoir, il s’abîme dans l’écriture. Son premier grand roman, Notre Dame de Paris, paru en mars 1831, suscite de vives réactions d’enthousiasme (Lamartine : « c’est le Shakespeare du roman ») et obtient un succès populaire indéniable. En poésie, il s’oriente vers un romantisme plus personnel et saisit dans les Feuilles d’automne les souvenirs tendres et nostalgiques de son enfance. Le recueil paraît en novembre 1831, Sainte Beuve y voit ‘son plus beau, son plus complet, son plus touchant recueil lyrique » Le poète y dit sa mélancolie et sa tristesse devant les illusions perdues, l’amour envolé, l’enfance enfuie. Il y exprime aussi l’amertume d’un homme déçu en amour et en amitié : malgré la naissance d’une petite Adèle en août 1830, la relation entre les époux Hugo s’est refroidie. Madame Hugo se rapproche de Sainte Beuve, une liaison qui durera jusqu’en 1837. La famille s’installe pourtant la même année place Royale.

Victime  de la censure pour le Roi s’amuse Hugo revient vite au théâtre. Lucrèce Borgia, représentée en février 1833 au théâtre de la Porte Saint Martin fait un triomphe et assure à l’auteur un succès financier certain.

 C’est en assistant aux répétitions de la pièce que Hugo fait la connaissance de Mademoiselle Juliette, médiocre actrice de mélodrame, plus connus sous le nom de Juliette Drouet. La jeune femme a alors 26 ans. Il devient son amant le 16 février 1833.

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Cette liaison, connue de tout Paris, alimente les ragots, d’autant plus que Hugo entreprend de s’acquitter des dettes faramineuses de sa maîtresse. Dès 1834, Juliette s’installe dans le marais, non loin de la place Royale. Elle y attend les visites du poète, recopie ses manuscrits. Cette passion, fertile en orages et en trahisons, durera près de cinquante ans, mais Hugo ne quittera jamais sa femme.

Par ailleurs l’engagement politique de Hugo entant que poète prend une importance grandissante il évoque en préface des chants du crépuscule(octobre 1835) « cet étrange état crépusculaire de l’âme et de la société dans le siècle où non vivons » Le recueil s’enrichit de poèmes d’inspiration politique et sociale qui expriment sa désillusion au lendemain des évènements de 1830 .

 

VICTOR HUGO, CHEF DE FILE DES ROMANTIQUES, DEFENSEUR DE LA LIBERTE DE L ART (1822-1830)

Ce jeune homme rangé, bon époux, bon père de famille et fidèle à son roi, va cependant devenir le chef de file d'une jeunesse littéraire remuante, revendicatrice, bientôt révolutionnaire. La préface de Cromwell (1827), manifeste du mouvement romantique, lui confère cette nouvelle autorité. La décennie 1820- 1830 sera en effet celle de l'apprentissage de la virtuosité dans la rédaction successive des Odes et Ballades et des Orientales. Par ailleurs, c'est l'époque de son premier revirement politique. Le jeune légitimiste couvert d'honneur par la monarchie se révèle soudain un ardent libéral et mène la bataille sur le terrain littéraire afin de revendiquer pour l'artiste la liberté de briser les formes traditionnelles, d'oser un langage inédit en littérature. En outre, il met déjà son éloquence au service des opprimés et des marginaux, et plaide contre l'injustice sociale qui condamne à la misère et au crime.

Multipliant les parutions, Hugo semble d'abord hésiter dans ses appartenances littéraires. Au début de l'année 1823, la parution de son roman Han d'Islande témoigne de la forte influence qu'exerce sur lui Walter Scott. Son écriture, puissante et débridée, s'en ressent, comme le lui reproche son ami Lamartine en juin 1823 :"Adoucissez votre palette, l'imagination comme la lyre doit caresser l'esprit ; vous frappez trop fort" L'ouvrage sort en quatre volumes, sans nom d'auteur. Cependant, cette publication anonyme ne passe pas inaperçue. Ainsi, dans le journal Le réveil, paraît le commentaire suivant : "cette composition singulière est, dit-on le premier ouvrage en prose d'un jeune homme déjà par de brillants succès poétiques". A ce jeune homme déjà connu est attribuée en juin une pension annuelle. Elle apporte la sécurité matérielle à un jeune ménage assombri par le deuil : un premier fils, Léopold, né le 23 juillet, meurt le 9 octobre suivant. parallèlement à ce premier succès, Hugo fréquente activement les milieux littéraires, consolide ses amitiés avec Alfred de Vigny et Charles Nodier rencontrés en 1820 et 1822. Le premier numéro de la Muse fraçaise, dont Hugo et Vigny sont membres fondateurs, sort des presse en juillet 1823. La revue devient rapidement un organe du romantisme naissant.   Cependant, en mars 1824, alors que paraissent les nouvelles odes, Hugo réfute toute appartenance à une quelconque école littéraire et déclare , dans la préface de l'ouvrage :"En littérarature comme en toute chose, il n'y a que le bon et le mauvais, le beau eet le difforme, le vrai et le faux".

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Hugo reste fidèle durant ces années à la fibre royaliste héritée de sa branche maternelle. Il est nommé en avril 1825, en même temps que son ami Lamartine, Chevalier de la Légion d’honneur par le nouveau souverain Charles X puis nommément invité au sacre du roi à Reims en mai. Le jeune poète devient le chantre officiel de la royauté qui a sa pleine adhésion. Son « Ode sur le sacre de Charles X » est réimprimée par l’imprimerie royale. Peu après, Les Odes et Ballades (1826) lui valent deux articles dans le globe et marquent le début d’une amitié avec le critique Sainte-Beuve.

Ces succès publics récompensent un père de famille comblé : Charles Hugo naît en novembre 1826. Mais l’écrivain commence à s’éloigner imperceptiblement du royalisme de sa jeunesse. Dans son ode « a la colonne de la place Vendôme », il laisse s’exprimer librement son admiration pour Napoléon et fait revivre le souvenir de la Grande Armée. Ce glissement politique favorise le rapprochement des deux partis dans lesquels s’affrontaient les jeunes écrivains, de plus en plus mobilisés désormais contre l’ennemi commun, les Anciens de l’Académie.

La création en 1827, et sous la direction de Hugo, du Cénacle littéraire permet la concentration de ces énergies novatrices. Dans le célèbre appartement de la rue Notre-Dame-des-Champs où vient de s’installer la famille Hugo sont discutées les grandes thèses du mouvement romantique, sont relus passionnément Shakespeare, Goethe, Schiller, et se définit l’esprit contestataire et novateur du mouvement. Hugo, qui a déjà alors écrit la fameuse préface de Cromwel, est promu chef de la nouvelle école .La pièce, qui paraît à la fin de l’année 1827, est injouable, mais elle reçoit l’adhésion des jeunes auteurs. Hugo y plaide pour « la liberté de l’art contre le despotisme des systèmes, des codes et des règles » et récuse la règle des trois unités (de temps, de lieu et d’action)imposée par les classiques. Par ailleurs, il préconise le mélange des registres théâtraux, spécifique au drame moderne.

Cette autorité poétique se renforce avec la parution, en août 1828, de l’édition définitive des Odes et ballades, puis des Orientales (1829). En octobre 1828 était né un deuxième fils Victor, qui choisira de se faire appeler François-Victor pour se différencier de son illustre père. Malgré l’éloignement progressif de Nodier et de Vigny, Hugo exerce donc dès cette période une sorte de magistère moral sur les lettres. Baudelaire le souligne en faisant de lui « celui vers qui chacun se tourne pour demander le mot d’ordre ». Cette aura morale l’autorise à exprimer son horreur de la peine capitale dans son roman le dernier jour d’un condamné. Paru en février 1829, enrichi d’une préface en 1832, l’ouvrage constitue la première véritable étape de son engagement dans les problèmes du siècle.

C’est rue Notre-Dame-des-champs qu’Alexandre Dumas assiste, en juillet 1829, à la lecture publique du second drame de Hugo. Un duel sous Richelieu qui deviendra Marion de Lorme. La pièce est jouée au Théâtre-Français mais elle censurée dès le 13 août. Cet épisode confirme l’orientation politique nouvelle de l’homme de lettres qui proclame à la fois son adhésion entière au romantisme et son recul vis-à-vis du régime en place. En réponse à cette censure, Hugo refuse la pension de quatre mille francs que le roi voulait lui attribuer et se rapproche des libéraux. .Il déclare : « Le romantisme n’est, à tout prendre, que le libéralisme en littérature ». Hernani lui permet de porter à la scène les idées que préfigurait la préface de Cromwel. Le 25 février 1830 a lieu, au Théâtre-Français la première d’Hernani. Devançant les censeurs de la presse conservatrice, Hugo a prévu la cabale dont pourrait être victime sa pièce et recrute les claqueurs chez ses partisans (Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, Hector Berlioz, Alexandre Dumas). Dans la salle, romantiques et « classiques » s’affrontent, se bousculent. Mais la pièce est un triomphe. Son retentissement chez les romantiques est énorme et s’apparente à une révolution comme le soulignera François Coppée célébrant en 1880 le cinquantenaire d’Hernani :

« Hernani !… cinquante ans sont passés ; mais ce nom

Résonne dans nos cœurs comme un bruit de canon

Et grise nos cerveaux comme une odeur de poudre…. »

JEUNESSE MOUVEMENTEE D UN ENFANT PRODIGE (1802-1822)

Les premières années de la vie de Hugo, familialement mouvementée, voient la naissance d'un jeune prodige, qualifié par Chateaubriand d'"enfant sublime", très tôt lancé, et avec succès, dans la carrière littéraire."Je veux être chateaubriand ou rien" écrit Hugo dans son journal, en juillet 1816. Ambition précoce d'un adolescent qui publiera à 20 ans son premier recueil poétique....

"Ce siècle avait deux ans" quand naquit à Besançon un 26 février, Victor Marie Hugo, fils de Sophie (née Tébuchet), nantaise de souche royaliste vendéenne, et de Léopold Hugo, lorrain, officier d'infanterie dans l'armée napoléonnienne et républicain convaincu.Fils d'un "bleu" et d'une "blanche", Hugo porte ainsi en lui l'une des fractures fondamentales de la Révolution française , ce fossé entre l'ancien monde et le nouveau. Victor est le troisième fils du ménage. L'aîné des enfant Abel, est né en 1798. Eugène,le second est en 1800. Victor ne reçoit pas de baptême chrétien. La famille s'installe à  Paris en 1804 mais, très vite, une distance entre les époux se fait sentir : Sophie Hugo s'installe seule avec ses fils rue des Feuillantines dès 1809.

Le logis est attenant à un grand jardin qui marque la sensibilité de Victor. Il y suit les leçons de son précepteur, Monsieur de la Rivière, dévore les livres qui lui tombent sous la main et joue avec Paul et Adèle, les enfants de Foucher, amis de sa mère. Léopold, "maréchal de camp" depuis août 1809, fait alors une brillante carrière en Espagne, où il vit en concubinage avec sa maîtresse, Catherine Thomas. Peu tolérable de la part d'un officier impérial ! Pour faire taire le scandale, son épouse consent à le rejoindre en Espagne avec ses fils. Un voyage mouvementé qui enrichit les rêveries du jeune Hugo. Mais le séjour tourne court : Sophie quitte le pays avec Eugène et Victor en 1812 et s'installe rue des Vieilles Tuileries (future rue du Cherche Midi) en 1813.

Les querelles entre les époux Hugo s'enveniment, Léopold multipliant les demandes de divorce puis en séparation. Le 10 février 1815, Eugène et Victor sont enlevés à leur mère, internés à la pension Cordier et confiés à la surveillance de leur tante paternelle. Ils ne quitteront la pension qu'en 1818, lorsque le divorce sera prononcé et que Sophie obtiendra la garde de ses fils. Loin de son père, Hugo subit l'influence d'une mère qui renoue avec ses origines vendéennes et s'enflamme pour la cause monarchique. Le jeune Victor se proclame légitimiste et s'enthousiasme, en 1815, du retour des Bourbons sur le trône de France. L'inspiration anti-bonapartiste anime ses premières oeuvres. Car ces années voient aussi la naissance d'un précoce talent littéraire., encouragé par sa mère et par un jeune répétiteur de la pension, Félix Biscarrat. Hugo a pris la plume. A partir de 1815, il consigne ses poèmes dans les Cahiers de vers français et offre à sa mère, le 1er janvier 1817, Irtamène , tragédie classique en cinq actes. La même année, il participe, toujours avec la complicité de Biscarat, au concours de poésie de l'Académie française, en traitant du bonheur que procurent les études dans toutes les situations de la vie : cette tentative marque ses débuts officiels en littérature. Pour la première fois, son nom est cité dans presse.

Poursuivant ses études de droit, Hugo accorde donc à la littérature une place prédominante dans sa vie. En 1819, il se présente au concours des Jeux Floraux de Toulouse avec une "Ode sur le Rétablissement de la statue de Henri IV" et obtient le lys d'or, récompense suprême. L'année précédente, dans la mouvance de Chateaubriand qui venait de fonder le journal ultra Le conservateur, les trois frères Hugo ont fondé Le conservateur littéraire. Le principal rédacteur en est Victor, ce qui désigne bien le camp où veut alors se ranger ce jeune homme épris de grandeur aristocratique. Grand admirateur de Chateaubriand, ses goûts le portent volontiers vers une poésie conservatrice de sensibilité royaliste comme en témoigne son poème "Les destins de la Vendée" (1819) ode à la gloire des Vendéens. Mais très vite, l'intérêt pour le théatre, la lecture des romans historiques et des romans noirs ainsi que sa récente amitié avec Charles nodier ouvrent son imagination à l'imaginaire et au fantastique.Hugo célèbre l'auteur  à la mode, Walter Scott, qu'il s'efforcera d'imiter par la suite dans ses premiers ouvrages en prose.

A ces premières réussites littéraires vient s'ajouter l'épanouissement de sa vie sentimentale.Depuis l'époque de la rue des Feuillantines Victor  Hugo n'a pas oublié Adèle Foucher, son amie d'enfance. Il lui déclare sa flamme le 26 avril 1819 provoquant la jalousie incensée de son frère Eugène dont l'état psychologique se dégradera par la suite de façon croissante jusqu'à sont internement à Charenton en 1822. Le refus de cette union par Sophie Trébuchet, qui rêve pour son fils d'une alliance prestigieuse, retarde les noces. Mais la mère de Victor Hugo meurt brutalement en 1821. Cette disparition, si elle permet la célébration des fiançailles précipite aussi les fils Hugo dans la misère. Victor doit songer à assurer son indépendance financière malgré les incertitudes que lui réserve la carrière des lettres. La parution en 1822 des "Odes et poésies diverses" l'encourage puisqu'il en obtient, de la part de la Maison du Roi, une pension de mille francs en récompense de son attachement  au régime. Le mariage est célébré le 12 octobre 1822 en l'église de Saint Sulpice

en cours

 

09:08 Écrit par NATY dans BIOGRAPHIE DE VICTOR HUGO | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : litterature, biographie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook